samedi 23 mars 2013

GOYA / SAURA II




En juillet 2009 le festival flamenco de Mont de Marsan  accueillait une exposition de photographies du réalisateur Carlos Saura.
J'étais également convié pour montrer ma série La música callada del cantaor, exposition accompagnée de la projection en avant première du film La mano azul.
L'organisation était parfaite et mes toiles et dessins trouvèrent place à l'entrée du café cantante, mis en valeur par un éclairage bien étudié. 




Le jour des vernissages j'ai eu le privilège d'être invité à déjeuner en compagnie de Carlos Saura.
Du haut de ses soixante dix sept ans c'est un personnage charmant, énergique, doté d'un grand sens de l'humour. 


Carlos Saura et Mathieu Sodore

L'entrée en matière m'a beaucoup fait rire: il m'a expliqué que je lui plaisais bien parce que j'avais été le seul à ne pas lui avoir parlé de la chanson du film Cría cuervos "Porque te vas"! Je dois cependant confesser que la ritournelle interprétée par Jeanette m'a toujours plu (à cause de son côté entêtant, de l'association du thème avec le visage d'Ana Torrent?) mais je me suis gardé de faire part de ce gout à Monsieur Saura et bien m'en a pris! (je conçois que le fait d'être interpellé, où qu'il aille, à propos de la chansonnette d'un film sorti il y a presque quarante ans ait le don de l'agacer un peu...).
Curieusement, vu le contexte, nous n'avons pas parlé d'Espagne, de cinéma ou de flamenco mais du Portugal, de peinture et de tauromachie. Le Portugal qu'il connait depuis longtemps et que le tournage du film Fados en 2008 lui a permis d'apprécier davantage. La peinture, celle de son frère Antonio bien sûr, mais surtout l'art de celui à qui il a consacré un film en 1999: Francisco de Goya y Lucientes. La tauromachie enfin à travers l'évocation d'oeuvres taurines de son frère, notamment la série initiée en 1958 et intitulée Sauromaquia en référence à la Tauromaquia de...Goya.
 L'oeuvre de Goya, est également essentielle pour moi. Nombre de mes travaux sont des références plus ou moins déguisées au génie aragonais. L'année dernière j'ai même réalisé une petite toile reprenant des éléments de gravures de la série de la Tauromaquia.


Goya/Tauromaquia nº7"Origen de los arpones ó banderillas"
1814-1816
Goya / Tauromaquia nº 4 "Capean otro encerrado"
1814-1816


Mathieu sodore / A Goya / 2012 /
Technique mixte sur toile / 70 X 50 cm.



De retour d'un voyage au Maroc dont j'avais conservé, comme je le fais dans tous mes déplacements, divers papiers (feuilles de journaux, billets d'expositions, paquets de cigarettes etc.) je tombais sur un ouvrage de Pierre Dupuy La tauromachie dans le Maghreb français. Immédiatement me revenaient en mémoire des planches de la Tauromaquia de Goya dans lesquelles il représentait (de façon fantaisiste d'un point de vue historique) des maures dans l'arène. Je fouille un peu dans dans mes archives  et constate que les corridas en Afrique du nord, fréquentes en Algérie comme au Maroc jusque dans les années soixante dix, disparurent, en partie détrônées par le football. 
Ayant dans la rétine les eaux fortes de Goya, en mémoire la conversation avec Carlos Saura et dans la main un journal sportif marocain je me mettais à l'ouvrage. Maroufler le journal sur une toile, jouer avec les formes goyesques et celles de la calligraphie arabe, utiliser un nombre restreint de tons pour "coller" au chromatisme du support.
La corrida reprend le pas sur le ballon rond, Goya et Saura sont là, la boucle est bouclée...  




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