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mardi 8 janvier 2013

Toreador

Suite au précédent message concernant l'exposition "TOREADOR" à Séville quelques compléments d'information: l'exposition a donné lieu à un beau livre-catalogue qui permettait à chaque artiste, en regard de la reproduction de l'oeuvre qui figure dans l'exposition, de s'exprimer sur sa conception du terme "Toréador". Voici donc la couverture du catalogue et le texte qui accompagne le tableau.




Paillettes, opérette, castagnettes, amourettes, escopette, galipettes, épaulettes, rouflaquettes. Je prononce TO RE A DOR et voilà que déboule une ribambelle de mots en ette ! Autant de vocables que j’associe à l’une des facettes de l’univers de Carmen, celle de l’espagnolade kitsch où mantilles et falbalas font de l’œil aux matamores fanfarons et bravaches. Comme si ne retenant de la tauromachie que l’aspect rutilant et clinquant le toréador se révélait un mélange raté de torero et de matador.

Mon portrait de Belmonte : grave, fatigué, austère. Il dit profondeur là où toréador susurre légèreté, il crie engagement, tragédie, montre la fêlure. Il enserre son mystère dans l’ombre de la peur de la corne noire, il est créateur de formes, d’émotions, de poésie aussi… Il torée.

Peut-on s’approcher des taureaux en peignant ? Certains oui : Goya, maestro de l’eau-forte, Manet, diestro des gris colorés, Picasso, figura de l’énergie créatrice…

Peut-on toréer en peignant ? Peut-être, à la manière de Michel Leiris qui souhaitait introduire l’ombre d’une corne dans une œuvre. Mais quelles différences se jouent entre atelier et arènes ! Aucun chevalet ne me renverse, nul pinceau ne pénètre ma chair. Et pourtant… pourtant hier j’ai été averti par le tableau :  « ne te trompes pas, c’est le moment de conclure sinon… ».
Aujourd’hui j’ai donné trois bonnes naturelles, trois coups de pinceau d’ombre pourpre, souples et justes.

J’ôte ma blouse, j’éteins la lumière. Alors oui je continuerai, je continuerai… pas à être toréador, ça non, je continuerai… à toréer.


samedi 5 janvier 2013

Séville


"TOREADOR" est une exposition itinérante imaginée et organisée avec talent et passion par Patrick Siméon. Elle présente des oeuvres liées à la tauromachie de 146 artistes contemporains ( Erró, Alberola, Ben, Titus Carmel, Le Gac, Lacroix, Combas, Arroyo, Bioulés, Rancillac, Chambas, Castelli, Texier, Fromanger, Viallat et Di Rosa entre autres).
Présentée à Nîmes fin 2010 elle a été montrée en Arles et à Madrid en 2011 puis à Ciudad Rodrigo et à Séville en 2012.


A Séville l'exposition était présentée en juillet et août dernier dans le centre culturel Casa de la provincia, situé Plaza del Tríunfo en plein centre ville entre la Giralda et l'Acázar.



Un lieu magnifique qui permettait, sur deux niveaux et six salles, un accrochage subtil.


A l'entrée, donnant sur le patio, un merveilleux petit tondo peint sur les deux faces de Claude Viallat.

Mathieu Sodore / Juan Belmonte 
 1998 / Acrylique sur bois / 110 X 90 cm.
Chaque artiste étant représenté par une oeuvre j'avais porté mon choix sur un (vieux) portrait du torero Belmonte qui me tient toujours particulièrement à coeur.



Mon tableau était exposé dans la salle "Portraits de toreros" et en quelle compagnie: entre Castelli et Arroyo, deux artistes que j'avais découvert aux Beaux-arts au début des années quatre-vingt et dont l'oeuvre me touche.


Heureux, ému, sortir de la salle, traverser le Guadalquivir, courir à l'Altozano, s'assoir, tenter de comprendre si un dialogue silencieux entre "mon" Belmonte de pigments et celui de bronze, mystérieux et puissant, de Venancio Blanco s'est instauré...